Note : Les pages opinions sont ouvertes aux adhérents et sympathisants du PQ Outremont-Cotes des neiges et n’engagent pas l’exécutif.
L’article du Journal de Montréal (http://www.journaldemontreal.com/2013/01/08/baignades-non-mixtes), qui nous informe sur l’existence de piscines publiques à Côte-des-neiges où une discrimination basée sur le sexe est mise en place en réservant une grande partie des plages horaires des baignades libres exclusivement aux hommes ou aux femmes, est très révélateur des enjeux qui se jouent autour des questions de laïcités et est au cœur de la raison pour laquelle le Québec est profondément distinct du Canada.

Le Parti Québécois a osé aborder pendant l’élection ce qui est fondamental pour ceux qui veulent que le Québec continue à être ce qu’il est : un modèle de société ouverte, égalitaire, tolérante et progressiste unique en Amérique du Nord.
Le Québec est le représentant en Amérique du Nord d’une certaine vision universelle de l’Homme : nous sommes tous égaux, non pas seulement en droit, mais par essence même.
Donc, nous nous préoccupons des droits des femmes, des enfants de toutes les origines et ne pouvons pas accepter qu’ils soient opprimés, privés de leur liberté ou tout simplement désavantagés sous prétexte de leur appartenance culturelle et des possibles pressions culturelles, religieuses ou communautaires qui y sont associées.
La question de la laïcité, et par ricochet celle des rapports entre les citoyens originaires de religions et de culture différentes, doit être non pas traitée comme un sujet annexe ou comme un gadget électoral, mais sérieusement en osant poser le débat au Québec.
Trop longtemps, le Québec a été contraint d’adopter les règles du multiculturalisme canadien, c’est à dire de s’accommoder de communautés vivants cote- à -cote, sans se parler, sans partager un socle commun de valeurs et de projet de société.
En bref, « Payez vos impôts, faites pas de bruit, c’est tout ce qu’on vous demande. Pour le reste, arrangez-vous entr’vous autres !»
Cette indifférence aux souffrances dues à la pression sociale ou religieuse est en fait l’acceptation d’une différence entre les habitants de cette terre ; on n’est pas loin d’un racisme qui ne veut pas dire son nom ; « Vous êtes si différents de nous que nos règles d’égalité homme-femme, de laïcité ne vous concernent pas…, et comme en plus vous vivez dans des quartiers distincts, ça ne nous dérange pas.»
C’est la vision anglo-canadienne de la société et elle peut être légitime, mais ce n’est pas celle du Québec qui veut que les habitants du Québec soit unis autour de valeurs communes, tout en s’enrichissant mutuellement ; c’est le pari de l’Interculturalisme.
Mais enrichissement dit communication et communication dit adhésion à des principes de vie commune.
C’est l’approche de l’intégration et de l’inter-culturalisme québécois.
L’immense majorité des Québécois et des immigrants adoptent naturellement cet état d’esprit ; la meilleure preuve de cette intégration est le nombre de couples mixtes, mariés ou non que l’on peut observer à Montréal et que l’on ne retrouve pas dans les autres villes d’Amérique du Nord.
C’est peut-être aussi ça la spécificité francophone.
Mais, on observe régulièrement des tentatives individuelles ou communautaires pour faire pression sur des organismes publiques (horaires des piscines dans des Centres Sportifs, menus dans les CPE, etc…) pour adopter des politiques internes en fonction de l’appartenance religieuse de certains membres.
Sans règles communes, ces organismes sont laissés à eux-mêmes face aux pressions et souvent cèdent trop facilement aux pressions pour éviter de se retrouver accusé d’intolérance.
C’est clairement inacceptable dans le Québec d’aujourd’hui et c’est une régression que l’on doit principalement à l’absence complète de vision des libéraux, au manque de courage politique des autres partis et également à une certaine indifférence de certains de nos concitoyens.
Aussi, il devient urgent de réfléchir ensemble à ce qui définit le Québec et par delà même, définir les règles pratiques qui reflètent les valeurs de laïcité, d’égalité homme-femme, de la primauté de la loi sur les pratiques ou croyances religieuses dans l’espace publique ; c’est ce que propose le Parti Québécois avait propose durant la dernière élection.
Il faut que les responsables politiques aient enfin le courage de débattre de ces sujets et cessent de déléguer aux juges canadiens, les choix qui définissent comment vivre ensemble au Québec.
Pour prendre un exemple concret et local de cette dérive, de la perte de contrôle et de ce qu’une charte de la laïcité et de l’égalité homme-femme devrait couvrir, nous pouvons évoquer le Centre Sportif de Cote-des-neiges qui depuis des années prévoit des horaires de bain libres et de nage séparés pour les hommes et les femmes.
Comment le Québec, fer de lance de l’égalité Homme-Femme au travail, promoteur de l’indépendance des femmes (avec les CPE en autres) peut-il accepter de séparer les hommes et les femmes dans les piscines publiques ?
Quel est le message envoyé aux enfants qui fréquentent cet établissement, par ailleurs remarquable en tout point? « Oui, au Québec, les hommes et femmes sont égaux, mais pas tous et cela dépend de l’endroit ou tu habites et de ton sexe »

Les observateurs des phénomènes de radicalisation religieuse dans les sociétés laïques ont l’habitude de considérer l’introduction des horaires séparés des piscines publiques comme un signe annonciateur de communautarisme et d’avancées politiques des radicalismes religieux – toutes religions confondues.
Outre que cette pratique provoque des injustices quant à l’égalité des citoyens (les familles ayant des enfants des deux sexes sont restreintes à des horaires très limités), elle pose un problème de fond et de principe que les politiques et les citoyens doivent se saisir.
Non, nous n’acceptons pas qu’au Québec, on fasse la distinction entre homme et femme pour aller se baigner.
Non, nous ne pouvons pas abandonner ceux et celles qui sont venu habiter au Québec pour trouver une liberté de vivre et qui se retrouvent avec les mêmes pressions sociales (parfois même plus fortes) que celle du pays qu’ils ont quitté.
C’est le devoir de l’État de permettre à chacun de vivre ses choix religieux en toute liberté.
La laïcité n’est pas antireligieuse, bien au contraire ; en maintenant une séparation claire entre le religieux et le domaine publique, elle permet d’exclure les agendas politiques des pratiques culturelles et religieuses et redonner à la démarche spirituelle de chacun son vrai sens qui lui est enrichissant pour toute la société.
Le débat à venir sur la laïcité sera l’occasion de réfléchir sur le vivre ensemble afin de garantir des rapports apaisés entre tous basés sur des règles claires et acceptées par tous qui reflètent les valeurs du Québec qui le rendent unique ; c’est aussi la condition pour éviter les écueils que tous les pays multiculturalistes ont rencontré avec à la clé un retour du racisme, de l’intolérance et de la tension raciale.
Nicolas Druet
Membre de l’exécutif PQ Outremont